TRIBUNE & ANALYSE

[Salary cap/Espagne] Une règle unique dans le football européen

par | Sep 18, 2019 | TRIBUNE & ANALYSE

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Décryptage de Mathieu Guyot, responsable des analyses financières chez Sport Value.

La Liga a publié, comme chaque année au mois de septembre, un salary cap (« tope salarial » en Espagnol) applicable à chaque club de première ou deuxième division pour la saison 2019-20 [1] :

Dans le cadre des réflexions en cours à la DNCG française pour l’évolution des critères de contrôle, Sport Value vous explique les ressorts de cette règle unique dans le football professionnel européen. Un moyen puissant donné à la Liga et associé au contrôle économique à priori avec un objectif précis : contraindre les clubs à l’équilibre budgétaire et au désendettement (en particulier envers le trésor public).

  • En avril, chaque club doit constituer son budget pour la saison suivante (compte de résultat et trésorerie). Il sera ensuite transmis au comité du contrôle économique de la Liga. Chaque club y renseigne selon des normes bien définies ses recettes d’exploitation récurrentes et ses dépenses en y incluant les échéances de paiement (dettes bancaire, transferts à payer par exemple).
  • Après analyse de ces budgets et sur la base d’une équation simple (recettes moins les dépenses hors masse salariale joueurs et échéances de paiement), la Liga assigne un plafond de masse salariale préliminaire (en juin) au club pour la saison. Ce plafond inclus le salaire fixe et variable des joueurs, les primes collectives, les coûts d’acquisitions de joueurs (commissions agents et indemnités de prêts) ainsi que l’amortissement des transferts. Plus un club génère des revenus, moins il est endetté et plus son plafond de masse salariale sera élevé.
  • A partir de cette situation et au gré du marché des transferts, les clubs et la Liga échangent afin, via l”annexe VI C :
    – d’inscrire de nouveaux joueurs (la Liga n’homologue que les contrats de joueurs qui entrent dans la limite de la masse salariale du club)
    – d’augmenter le plafond de la masse salariale en justifiant de recettes supplémentaires (transferts de joueurs, sponsors, augmentation de capital)
  • L’UD Almeria, en deuxième division, avait en 2018-19 un plafond de masse salariale de 6,5 M€ (ses revenus hors transferts étant de 8,7 M€). Pour 2019-20, son plafond de masse salariale notifié en juin était de 5,4 M€ alors que le plafond publié en septembre était de 18,1 M€, soit le 3ème plus élevé en deuxième division (après Girona et le Rayo Vallecano, deux clubs relégués bénéficiant d’une conséquente aide à la relégation).

Ainsi, l’UD Almeria a pu recruter de nombreux joueurs grâce à l’augmentation de 12.7 M€ son plafond de masse salariale. Cette augmentation a été justifiée par des ventes de joueurs, de nouveaux sponsors (juste valeur appliquée) et principalement par une augmentation de capital (la règle étant que 2/3 de l’augmentation de capital peut être allouée à l’augmentation de la limite salariale à hauteur de 50% la 1ère année et 50% la 2nde année).

A l’inverse, un club comme Malaga a vu sa limite se réduire de 15 M€ malgré les ventes nombreuses de joueurs avec comme conséquence de ne pas pouvoir inscrire deux recrues majeures (Okazaki et José Rodríguez) [2]

Des décisions économiques nécessaires (plus de la moitié des clubs était en cessation de paiements au début des années 2010) qui ont un impact sportif réel et immédiat sur les clubs en difficulté économique.

Couplé à la collectivisation des droits TV (augmentation significative des recettes pour la majorité des clubs), ce strict contrôle économique a permis un équilibre budgétaire et la réduction de l’endettement des clubs. En 2017-18 d’après le rapport publié par la Liga [3] le chiffre d’affaires cumulé (1ère et 2ème division) hors transfert était de 3,4 milliards d’euros (vs 1.9 milliards d’euros en 2013-14) pour un bénéfice net de 189 M€ et 28 clubs bénéficiaires. La dette fiscale et sociale étant passé de 658 M€ en 2012-13 à 87 M€ en 2017-18.

Sport Value a accompagné cet été Turki Al Alshikh dans le rachat de l’UD Almeria puis la gestion du club post acquisition en conformité avec les règlements de la Liga, dont le « salary cap ».

[1] https://www.laliga.com/laliga/limite-coste-plantilla

[2] https://www.malagacf.com/noticia/comunicado-del-malaga-cf-1

[3] https://www.laliga.com/en-GB/laliga/economic-report

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